Byin Mayé : Dix ans déjà
Est-il encore besoin de présenter la fanfare Byin Mayé qui s'apprête à fêter ses dix ans, dix ans durant lesquels ses mayons ont assuré près de deux-cents concerts, du sud au nord et du nord au sud ? Retour sur l'aventure et présentation des festivités.
Tout commence en 2000 lorsque Vincent « Vinko » Lagard décide de rédiger une petite annonce pour créer une fanfare péi. Il sort tout juste de l'aventure des Tarace Boulba (la fanfare funk associative initiée par Matthieu Paulus et Jo Ruffier Des Aimes en 1993), et a l'idée un peu folle de relancer le concept à l'échelle insulaire. Vous n'aurez pas d'informations supplémentaires, car le bonhomme est discret et bien trop humble pour exiger qu'on en donne le détail.
Toujours est-il que c'est une réussite, puisqu'en dix ans, près de cent musiciens ont joué dans Byin Mayé, sur notre île mais également à deux reprises à Madagascar et Mayotte. Et aujourd'hui, pour fêter comme il se doit cette magnifique aventure, les mayons invitent leurs amis (c'est-à-dire vous et nous) à leur anniversaire.
L'idée a germé dans l'esprit de Philippe S'Lip Bartlé, qui préside l'association « Byien Ensemble » depuis deux ans. Ayant capitalisé les cachets des concerts, seule ressource de la fanfare, six mayons se sont décrochés du groupe afin de lui offrir le petit coin de verdure de la Pépinière des Aloès (pour y aller, rien de plus simple : dans Saint-Louis, il faut suivre la direction Rivière Saint-Louis/Cilaos, et la pépinière se trouve à deux kilomètres, sur la droite).
L'esprit
Tout commencera donc le 12 juin, à 16 heures, heure d'ouverture des portes. Si l'idée est de réunir tous ceux qui ont croisé le chemin de Byien Mayé ces dix dernières années, une large place sera accordée à d'autres arts que la musique. Ainsi, nul ne sera surpris de croiser à l'anniversaire des mayons des clowns et des artistes de cirque. La compagnie Paille en Feu, quant à elle, donnera la touche spectacle de rue à l'ensemble. Sont également attendus Astro du Pandacrew, dont on a pu récemment observer le travail graphique au dernier Leu Tempo Festival, et quelques autres probables surprises...
Le programme
Et puis, surtout, il y aura la musique, avec une double prouesse : réunir sur une seule scène le plus grand nombre possible (certains ont malheureusement quitté l'île et n'ont pu faire le déplacement) de mayons. C'est dire s'il y a peu de chances que l'on recroise de sitôt Byin Mayé sous une forme aussi complète. Une chose est en tout cas certaine : ils seront une cinquantaine (au lieu de la vingtaine de membres habituels) à vous faire vous déhancher.
Et puis, seconde prouesse, l'anniversaire se propose de réunir ce qui sera sans doute le plus grand rassemblement de fanfares qu'a connu l'île, puisqu'on notera la présence de Cafoutch, Bann Jouar (musique carrousel), Le Bruit de la Passion, Les Camions Baleine et Salé Batouk. Pour ce qui est des têtes d'affiche, Wonderbrass investira la scène vers 20h30, Byin Mayé se produira vers 22 heures, et Le Bacar, excellent groupe survitaminé de Mayotte (qui se produira d'ailleurs à la prochaine édition du Sakifo) balancera ses chansons duby-punk vers 23h30. Le groupe de maloya Frazil, originaire de Petite-Île ainsi qu'un DJ assureront en outre, jusqu'à grand matin, la fin de soirée.
Quelques impératifs...
C'est dire si le programme semble alléchant. Mais bien sûr, puisqu'il s'agit d'un anniversaire entièrement organisé par des bénévoles, qu'il y aura des retrouvailles et des bonnes ondes, les mayons ont pensé à Dame Nature, et cet anniversaire se fera donc sous les (bons) auspices d'Eco Manifestation. C'est ainsi que si vous venez assister à la fête, n'hésitez pas, mais alors vraiment pas, à amener vos gobelets et vos mégotiers, même si les organisateurs en ont prévu. L'objectif, c'est zéro déchet ! Dans ce même souci de communion avec la belle nature, vous pourrez acheter un cari péi, fait avec des produits de la ferme (si, si...). Et puis, pour que cet anniversaire se passe dans les meilleures conditions, il y a un mot d'ordre, qu'on vous invite grandement à faire passer. Il tient en quatre syllabes : co-voi-tu-rez ! En effet, aux abords du lieu, les virages sont serrés et les places de parking très limitées. On vous aura prévenu.
Contact : pour participer aux dix ans de Byin Mayé, vous pouvez
demander une invitation par mail : byinmaye@gmail.com
Site internet: myspace.com/byinmay – tél : 06 92 23 80 80
12 juin > à partir de 16h > Pépinière des Aloès – St Louis
Texte : Nicolas Millet
HAUT LES CUIVRES
Ils sont habillés de jaune et de rouge, ils ont une énergie qui fait plaisir à voir et ils sillonnent, depuis près de huit ans, l’île de la Réunion, ses rues, ses festivals et ses cafés : c’est la Fanfare Byin-Mayé, du funk électrisé made in Réunion.
Tout commence en 2001, quand Vinko, fraîchement débarqué à la Réunion, décide de créer une fanfare. Ancien des Tarace Boulba, fanfare funk associative fondée par Matthieu Paulus et Jo Ruffier Des Aimes (deux anciens des Négresses Vertes), il décide de créer le fils métissé de la fanfare de Montreuil. Quelques annonces plus tard dans le gratuit local, Byin-Mayé, ses premiers cuivres et sa caisse claire voient le jour.
L’idée de départ était de fonder une joyeuse alliance de musiciens, d’où le nom de Mayé, qui signifie à la fois mélange et embrouille, dans le but de promouvoir les musiques du monde et les spectacles de rue. Ouverte à tout musicien, elle fonctionnerait comme une école de la pratique musicale, dans lesquelles les membres, fêtards et philanthropes, partageraient gracieusement leurs savoirs et leurs compétences.
Ca aurait pu être utopiste, mais ça a fonctionné. En sept ans, selon Vinko, au moins 70 musiciens ont adhéré à l’esprit Byin-Mayé. Des musiciens de vingt-cinq à soixante ans, filles et garçons à parité et venant d’un peu partout, dans le sud : Piton Saint-Leu, Saint-Pierre, Petite île, le Tampon, Saint-Joseph, Étang Salé et les Avirons. Une troupe en somme, au sens théâtral du terme, dans laquelle les gens se sentent bien, à cause, souligne Hélène (basse), de «l’ambiance familiale et de l’esprit Byin-Mayé». Et si le répertoire évolue peu, c’est précisément parce que la fanfare est un lieu de transmission.
Aujourd’hui, amateurs et musiciens plus confirmés se côtoient joyeusement, et le mélomane réunionnais remarquera ainsi la participation à la fanfare de plusieurs membres de groupes péï, comme Youss, Le Machin, La Starnac’, Manléo, Wonderbras et Skarhumbar. Formation à géométrie variable, Byin-Mayé a maintenant une trentaine de mayons. De quoi faire une vraie fanfare, avec saxos ténor, alto, baryton et soprano, batterie, rouler, piker, kayamb, derbouka, auxquels il fait ajouter trois trombones, quatre trompettes, deux basses, deux clarinettes, quatre flûtes et un soubassophone.
À la tête de cet inventaire à la Prévert et de cette joyeuse bande, Magalie qui, accompagnée d’un kayamb ou d’une basse, s’occupe de la direction musicale. Elle est en outre présidente de l’association à but non lucratif "Bien Ensemble", dans laquelle s’inscrit la fanfare. À but non lucratif, ça signifie quoi ? « Que les musiciens ne gagnent pas un sou, explique Magalie, tout sourire, et que les fonds récoltés lors des concerts servent à acheter du matériel de son, à payer l’assurance et à financer des tournées ». Le groupe est ainsi parti en 2002 à Tananarive (Madagascar) pour une semaine de concerts et à Mayotte par deux fois.
Et puis il y a Gilles (baryton), qui écrit toutes les partitions et soumet les arrangements à ses comparses. Quant aux choix des morceaux, il se fait de façon collective, mais prône avant tout l’éclectisme : c’est ainsi que, sur scène, se côtoient le célèbre Fire de Jimi Hendrix et le groupe Carrousel d’Alain Peters. Et puis il y a du ska, du salegy, de l’afrobeat, du maloya, du ragga, du séga et des musiques de l’est. C’est ce qui a poussé Aurélien (sax soprano), métropolitain de Calais, à venir dans la fanfare. Parrainé par Florence (sax alto), il a rejoint Byin-Mayé pour « le plaisir de jouer en groupe, de voir du monde et de participer à l’ambiance ». Auxquels s’ajoutent des rencontres plus imprévues telles celle de Yann, ingénieur du son bien connu des musiciens sudistes, qui suit la troupe pour le plaisir de leur offrir le meilleur son sur scène. Ou celle de Jace, le papa des gouzous qui, en collaboration avec l’Effet Peï et la fanfare a créé le logo de celle-ci : en associant le jaune et le rouge, couleurs identitaires de Byin-Mayé, il a dessiné un volcan d’où sortent, tels des diables en boîte, musiciens et instruments.
Aujourd’hui, les « mayons » et les « mayonnes » ont plusieurs envies : repartir en tournée, en métropole et à Mada, et rencontrer d’autres fanfares. Mais garder toujours sa vocation d’être une fanfare populaire. Au rythme où vont les choses, c’est plutôt bien parti.
Article paru dans l'Azenda n°35 (juin 2008) // Texte et photos : Nicolas Millet
Retrouvez la fanfare sur : www.myspace.com/byinmay
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