Zorteil mixe du son, s'agite derrière des machines, fait ce qu'on appelle de « l'électro »... et pourtant il n'est pas DJ !
Les instruments de ce musicien hors norme sont des groove-box, une électribe et surtout des synthés et encore des synthés. En scène, ce SJ (Sound Jockey et non DJ Disc Jokey) évolue dans un environnement aussi visuel que sonore. Il ne reste pas en place, tourne autour de ses boîtes à rythmes, va d'un synthétiseur à l’autre, pendant que derrière lui défilent, sur un écran installé pour les grandes occasions, des images et séquences visuelles plus ou moins psychédéliques. Tout ça, ça s'appelle « une performance électro live »... et effectivement c'est une performance.
Pourtant au départ Zorteil, alias Laurent, personnage aussi éclectique que ses instruments et sa musique, était loin d'être un passionné du son électro. Arrivé à la Réunion en 2000, il se tourne naturellement, comme tout musicien qui débarque ici et se montre curieux de la culture locale, vers le sega et le maloya. Puis a rejoint en 2002 le groupe Dégadézo pour jouer du Blues Bee-Bob (le son du Chicago des 50's). Et finalement c'est un ami qui va lui inoculer le virus en lui prêtant une groove-box et en l'initiant au son électro, pour lequel il était plutôt réfractaire.
Habitué aux claviers, pianos et autres « vrais instruments », Laurent ne peut se contenter longtemps d'ordinateurs pour faire de la MAO (Musique Assistée par Ordinateur) et achète rapidement « des machines » qui « produisent des sons moins parfaits, ont chacune un caractère et sont plus interactives ». La première, une Quasimidi (Révolution 309 pour les intimes) sera vite suivie d'autres aux noms tout aussi évocateurs et barbares. Par exemple un Feinderode (« un piano électrique des années 70, tout en bois, dont les touches, lorsque tu les relâches, font cloc à cause des étouffoirs qui remontent sur les tires »). Ou encore un Korg MS10 (« un synthé ultra basique avec une seule fonction par bouton, sans menu, sans mémoire, mais qui a un son incomparable »). En clair, chaque clavier a une âme et un type de son bien particulier. Zorteil en concert (en performance live plutôt), c'est comme il le dit lui-même : « 1 mec, 6 synthés, 2 boîtes à rythmes et une déco sympa ». C'est aussi et surtout un super son, parfois planant, parfois tripant, plutôt entraînant et en tout cas assez unique. Ça se voit, il joue avec son cœur. Sa « schizophrénie musicale » (puisqu'il a navigué entre le Sega, le Blues, le Funk) fait que sa musique n'est pas limitative et qu'il peut l'adapter en fonction du lieu, des attentes et des réactions du public. Il résume : « le son Zorteil, c'est un grand foutoir organisé de toutes ces musiques pour faire planer ou faire monter sur les tables ».
« Z », le 1er album de Zorteil est sorti en novembre 2007. Un concentré de recherches rythmiques et électroniques bien rafraîchissant, avec en prime un électro-maloya des plus hypnotiques, « Sa Maloya, Sa », hymne moderne à tous ceux qui ont contribué à la liberté de cette musique traditionnelle.
Article paru dans l'Azenda n°15 (16-31 septembre 2006) / Texte : Sandrick
Morceaux en écoute sur : www.myspace.com/zorteil
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